Mettre un site en ligne sans coder : ce qui reste à faire après l'IA
Décrire son site à une IA prend dix minutes et le résultat s'affiche aussitôt. Ce qui suit n'est pas du code : une adresse qui vous appartient, un endroit où le site vit, et trois obligations que personne ne génère à votre place.
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Décrire un site en quelques phrases et le voir apparaître en ligne n'a plus rien d'exceptionnel : les assistants qui écrivent le code, le déploient et vous donnent une adresse cliquable font ça en une dizaine de minutes. Le malentendu commence après. Ce qui reste à faire n'est pas du code, c'est une suite de décisions que l'IA ne prend pas à votre place : à qui appartient l'adresse, où le site vit le jour où vous quittez la plateforme, et ce que la loi française vous oblige à afficher dessus.
Générer le site
Trois assistants qui écrivent l'application et la mettent en ligne à mesure que vous la décrivez, sans étape de déploiement à votre charge :
Lovable
Créez des applications web complètes simplement en décrivant ce que vous voulez, sans coder.
Notre avis : Le plus abouti pour une application web complète : on décrit en français, l'aperçu se met à jour à chaque échange, et la base de données comme l'authentification se branchent depuis la conversation. C'est aussi celui dont la documentation est la plus claire sur ce qui appartient à qui.
Blink
Décrivez votre application : l'IA génère l'interface, la base de données et l'authentification, puis la met en ligne, sans écrire une ligne de code.
Notre avis : Même principe, avec une distinction utile assumée dès la documentation : l'aperçu gratuit et l'adresse de production ne sont pas la même chose. Bon point d'entrée pour tester une idée avant de décider si elle mérite un hébergement à soi.
Emergent
Plateforme IA (Y Combinator) qui crée des applications web et mobiles full-stack via une simple conversation, sans coder.
Notre avis : Vise l'application plutôt que la page vitrine, avec une conduite par objectifs plutôt que par retouches successives. À regarder quand le projet a une logique métier et pas seulement des écrans à remplir.
Le site est en ligne, mais il n'est pas chez vous
Par défaut, ce que ces plateformes publient vit sur leur domaine à elles : une adresse en quelquechose.lovable.app ou en monprojet.sites.blink.new. C'est parfait pour montrer un prototype, et disqualifiant pour à peu près tout le reste, parce que l'adresse porte le nom d'un prestataire et non le vôtre. Brancher son propre nom de domaine est possible chez les deux, et c'est une fonction des offres payantes : Lovable l'écrit noir sur blanc (« les domaines personnalisés sont disponibles sur les plans payants »), Blink demande au minimum son palier Starter.
Le nom de domaine est la seule chose qui vous appartienne vraiment
C'est la distinction qui décide de tout le reste, et elle n'a rien d'intuitif. L'hébergement est une location : vous payez pour que des fichiers soient servis depuis les machines de quelqu'un d'autre, et changer de prestataire est une opération technique de quelques heures. Le nom de domaine est un bail à votre nom : il vous suit d'un hébergeur à l'autre, et c'est lui qui garde vos visiteurs, vos liens entrants et vos adresses e-mail quand tout le reste change. D'où la seule règle qui vaille au démarrage : acheter le domaine à part, chez un bureau d'enregistrement, plutôt que de le laisser inclus dans une offre de plateforme dont on ne sortira plus sans casse.
Deuxième réflexe, sur les prix cette fois : regarder le tarif de renouvellement, pas celui de la première année. L'écart entre les deux est la norme du secteur et non une exception, et il ne se voit qu'en lisant la grille tarifaire jusqu'au bout. Un domaine se garde des années ; c'est la deuxième année qui donne le vrai prix.
Reste à savoir où le site atterrit, et il y a deux voies selon ce que le projet demande. Si le site n'est qu'un ensemble de fichiers, ce que produisent la plupart de ces plateformes, des hébergeurs comme Netlify, Vercel ou Cloudflare Pages le publient gratuitement depuis un dépôt de code, nom de domaine personnalisé et certificat de sécurité compris. C'est la voie la moins chère, et c'est celle qu'emprunte le site que vous êtes en train de lire. Elle suppose en revanche de passer par un dépôt de code, et elle ne fournit ni le nom de domaine ni les adresses e-mail à votre nom, qu'il faut donc prendre ailleurs. Si le projet a besoin d'e-mails professionnels, d'une base de données ou d'un espace d'administration, un hébergeur classique fait le tout au même endroit, et c'est ce que couvre la sélection ci-dessous.
Où le site vit ensuite
Trois hébergeurs qui font aussi bureau d'enregistrement, avec le certificat de sécurité inclus et une bascule possible depuis une plateforme :
Hostinger
Hébergement web rapide et abordable avec un constructeur de site et WordPress optimisé.
Notre avis : L'entrée de gamme la plus simple pour un premier site : installation guidée, certificat inclus, et une interface qui ne suppose pas de connaître le vocabulaire technique. À regarder surtout pour une vitrine ou un blog, moins pour une application qui grossit.
Ionos
Hébergeur européen proposant domaines, hébergement web et serveurs cloud à prix compétitifs.
Notre avis : Hébergeur européen généraliste, intéressant quand le site s'accompagne d'adresses e-mail professionnelles au même nom de domaine : c'est le point où beaucoup de projets se compliquent après coup, et le traiter d'emblée évite une migration.
Infomaniak
L'hébergeur suisse indépendant : sites web, noms de domaine, mail, cloud kDrive et visio, dans des data centers 100% en énergie renouvelable.
Notre avis : Hébergeur suisse, à retenir quand la question des données et de leur localisation compte dans le projet, ce qui est fréquent dès qu'un site collecte des messages ou des inscriptions. Fait aussi bureau d'enregistrement, donc domaine et hébergement au même endroit sans être captif.
Ce que l'IA ne génère jamais
Une chose est frappante quand on ouvre un site produit par un assistant : le contenu est là, la mise en page tient, et tout ce qui sert à le partager manque. C'est logique, ce sont des éléments qui n'apparaissent pas à l'écran, donc rien dans la conversation ne les réclame. Ils se voient ailleurs : dans l'onglet du navigateur, dans les résultats de recherche, et dans l'aperçu qui s'affiche quand quelqu'un colle votre lien dans une messagerie.
Les quatre finitions à faire soi-même
- 1Les balises de partage. Sans elles, un lien collé dans une conversation s'affiche en adresse nue, sans titre ni image. Ce sont quelques lignes à ajouter dans l'en-tête de la page, et elles changent complètement l'allure d'un lien partagé.
- 2Une icône d'onglet. Un site sans icône affiche une page blanche générique dans les favoris et dans la barre d'onglets, là où le visiteur retrouve le vôtre parmi quinze autres.
- 3Des adresses de page lisibles. Un titre d'article devient une adresse : accents, majuscules et ponctuation doivent en sortir proprement, une fois pour toutes, sinon les liens se cassent au premier partage.
- 4Le poids des images. C'est le premier poste de lenteur d'un site vitrine, et celui que personne ne regarde : une photo sortie d'un téléphone ou d'un générateur d'images pèse plusieurs mégaoctets pour un affichage qui en demande cent fois moins.
Balises Open Graph
Meta tags de partage avec aperçu de la carte
Les balises à coller dans l'en-tête de la page, avec l'aperçu de ce que verra le destinataire du lien.
Générateur de favicon
Favicon .png et .ico depuis du texte ou un emoji
Génère les formats d'icône attendus par les navigateurs à partir d'une seule image.
Générateur de slug
Créez des slugs URL-friendly
Transforme un titre en adresse de page : accents retirés, ponctuation nettoyée, tirets à la place des espaces.
Compresseur d'image
Réduisez le poids de vos images dans le navigateur
La compression se fait dans votre navigateur : les images ne sont envoyées nulle part.
Les mentions légales ne sont pas optionnelles
C'est l'oubli le plus répandu, et le seul de cette liste qui expose à autre chose qu'un site moins joli. La loi pour la confiance dans l'économie numérique impose à tout éditeur de site de rendre certaines informations accessibles au public, et la sanction prévue pour un éditeur professionnel qui s'en dispense atteint un an d'emprisonnement et 75 000 € d'amende. Pour une entreprise, il s'agit de son identité, de son adresse, de son numéro d'immatriculation, d'un moyen de contact, et de l'identité de son hébergeur.
La question à se poser avant de commencer
Elle tient en une phrase : est-ce que je pourrai partir avec ? Le contenu, le code, le nom de domaine et les visiteurs sont quatre choses qui se récupèrent séparément, et une plateforme qui rend l'une des quatre difficile à sortir décide de votre projet à votre place. Ce n'est pas un argument contre ces outils, qui font gagner un temps considérable sur la partie la plus ingrate : c'est un argument pour regarder, avant de s'installer, ce que la documentation dit de la sortie. Elle le dit toujours, et rarement dans le tutoriel de démarrage.
Questions fréquentes
Faut-il un hébergeur si la plateforme met déjà le site en ligne ?
Pas techniquement, tant que le projet reste un prototype ou une page personnelle. Cela le devient dès que le site porte votre nom de domaine, doit survivre à un changement d'outil, ou héberge autre chose que des pages, comme des adresses e-mail au même nom. La bascule est d'autant plus simple qu'elle est prévue tôt.
Puis-je récupérer le code produit et le déposer ailleurs ?
C'est la question à poser avant de choisir, pas après. Les plateformes ne l'exposent pas au même endroit ni au même palier d'abonnement, et la réponse conditionne tout le reste : sans code exportable, changer d'outil signifie tout refaire. Cherchez le mot « export » dans la documentation, jamais dans la page d'accueil commerciale.
Mon site n'a aucun visiteur, les mentions légales sont-elles vraiment obligatoires ?
Oui, l'obligation tient à la publication, pas à l'audience. Elle est en revanche allégée pour un éditeur non professionnel, qui peut se limiter aux coordonnées de son hébergeur après lui avoir donné son identité. Un site personnel se met donc en conformité en quelques minutes, sans rien révéler au public.
Sources
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