Vol annulé ou retardé : ce que la compagnie vous doit vraiment
Un vol qui saute ouvre trois droits différents, et les compagnies laissent volontiers croire qu'il n'y en a qu'un. L'indemnisation dépend du retard à l'arrivée, pas au départ ; la prise en charge reste due même quand l'indemnisation ne l'est pas ; et une panne technique n'est pas une circonstance extraordinaire.
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Quand un vol est annulé ou part avec plusieurs heures de retard, la compagnie annonce en général une seule chose : ce qu'elle veut bien proposer. Le règlement européen, lui, en prévoit trois, et ce sont trois droits distincts qui ne dépendent pas des mêmes conditions. L'indemnisation forfaitaire, d'abord, de 250 à 600 € par passager. La prise en charge ensuite, c'est-à-dire les repas, l'hôtel et les transferts pendant l'attente. Le remboursement ou le réacheminement enfin. Les confondre coûte cher, parce qu'une compagnie qui vous explique qu'elle ne doit rien parle presque toujours du premier, et se garde bien de mentionner les deux autres.
Avant le vol : être prévenu, et avoir un plan B
Trois services qui servent au moment où l'imprévu arrive, pas après. Le premier vous prévient souvent avant l'affichage de l'aéroport, le deuxième trouve comment rentrer autrement quand il n'y a plus d'avion, le troisième garde le séjour au même endroit quand tout se décale d'un jour.
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Trois heures, mais à l'arrivée
C'est la première chose que tout le monde a de travers, y compris de bonne foi. Le seuil qui ouvre l'indemnisation ne se compte pas sur l'heure de départ, mais sur l'heure d'arrivée à la destination finale. Un vol qui part avec cinq heures de retard et rattrape en route jusqu'à n'arriver qu'avec deux heures et demie de décalage n'ouvre aucun droit à indemnisation ; un vol parti à l'heure mais dérouté, qui vous dépose trois heures et quart après l'horaire prévu, en ouvre un.
Ce seuil ne figure d'ailleurs pas dans le règlement, qui ne prévoyait à l'origine l'indemnisation que pour les annulations et les refus d'embarquement. Il vient de la Cour de justice de l'Union européenne, qui a jugé en 2009 dans l'affaire Sturgeon que les passagers de vols retardés peuvent invoquer le droit à indemnisation « lorsqu'ils atteignent leur destination finale trois heures ou plus après l'heure d'arrivée initialement prévue ». C'est aussi pour cela qu'on ne le trouve pas en lisant le texte, et que certaines compagnies s'en tiennent encore à la lettre du règlement.
Le montant, lui, est forfaitaire et ne dépend jamais du prix du billet. Il dépend de la distance, mesurée jusqu'à la dernière destination : 250 € jusqu'à 1 500 km, 400 € pour les vols intracommunautaires de plus de 1 500 km et pour les autres vols de 1 500 à 3 500 km, 600 € au-delà. Un billet payé 39 € sur un long-courrier promotionnel ouvre exactement le même droit qu'un plein tarif.
Indemnisation de vol
Vol retardé ou annulé : vos droits CE 261/2004
Deux champs décident de presque tout, et ce sont ceux qu'on remplit de travers : la distance se compte à vol d'oiseau jusqu'à la destination finale, correspondances comprises, et le retard est celui constaté à l'arrivée, pas au départ. Le prix du billet n'entre jamais dans le calcul.
Ce qui n'est pas une circonstance extraordinaire
C'est l'argument que toute compagnie oppose en premier, et il est souvent hors sujet. Le règlement l'autorise à s'exonérer de l'indemnisation quand l'annulation est due à des circonstances extraordinaires qui n'auraient pas pu être évitées, mais il ne dit nulle part ce que recouvre l'expression. Ce sont donc les arrêts de la Cour de justice qui la délimitent, et ils l'ont beaucoup resserrée.
Une panne technique n'en est pas une. La Cour l'a jugé dès 2008 : un problème technique survenu à un avion ne relève pas des circonstances extraordinaires, « sauf si ce problème découle d'événements qui, par leur nature ou leur origine, ne sont pas inhérents à l'exercice normal de l'activité du transporteur aérien concerné et échappent à sa maîtrise effective ». Autrement dit, une pièce qui lâche, c'est le métier. Le même arrêt ajoute que la fréquence des pannes chez un transporteur ne suffit pas non plus à faire pencher la balance, ce qui ferme la porte à l'argument de la flotte vieillissante.
Une grève des personnels de la compagnie non plus, en tout cas pas celle qui vient de l'entreprise elle-même. En 2018, dans une affaire où une part importante du personnel navigant s'était spontanément mise en arrêt maladie après l'annonce surprise d'une restructuration, la Cour a jugé que cette « grève sauvage » ne relevait pas des circonstances extraordinaires. La logique est constante : ce qui naît des décisions de la compagnie reste à sa charge.
La prise en charge se déclenche bien avant les trois heures
C'est le droit le plus souvent perdu, parce qu'il faut le réclamer sur place et qu'il ne se rattrape pas facilement après coup. Il ne dépend ni de la faute de la compagnie ni du seuil des trois heures, mais du temps d'attente au départ : deux heures pour un vol de 1 500 km ou moins, trois heures pour un vol intracommunautaire plus long ou un vol de 1 500 à 3 500 km, quatre heures au-delà. Passé ce délai, la compagnie doit offrir gratuitement de quoi se restaurer, deux appels ou messages, et si le départ est repoussé au lendemain, l'hôtel et le transport jusqu'à l'hôtel. À partir de cinq heures d'attente s'ajoute le droit au remboursement du billet si l'on renonce au voyage.
En pratique, la compagnie propose rarement tout cela d'elle-même dans un aéroport saturé. Le réflexe utile est de payer soi-même ce qui est raisonnable et de garder les justificatifs : c'est ce que la Cour a validé dans l'affaire du nuage de cendres, où le passager peut obtenir le remboursement des sommes « nécessaires, appropriées et raisonnables » engagées pour suppléer la défaillance du transporteur. Un repas d'aéroport et une nuit d'hôtel standard, oui. Une suite et un grand restaurant, non.
Réclamer soi-même, gratuitement
La démarche est gratuite et se fait très bien seul. Elle demande surtout de viser le bon destinataire et de respecter un délai, faute de quoi le dossier est écarté avant d'être lu.
La procédure, dans l’ordre
- 1Réunir les preuves. Carte d'embarquement, réservation, et de quoi établir l'heure d'arrivée réelle : c'est elle qui compte, pas l'heure de départ. Une photo de l'écran d'affichage et les courriels de la compagnie font l'affaire.
- 2Identifier le bon destinataire. La réclamation va au transporteur aérien effectif, celui qui devait opérer le vol, même si le billet a été acheté sur une agence en ligne ou vendu sous le code d'une autre compagnie.
- 3Écrire à la compagnie. Le formulaire de son service clientèle suffit. Citer le règlement (CE) n° 261/2004, le numéro de vol, la date, le retard constaté à l'arrivée et le montant réclamé, et conserver une copie de tout ce qui est transmis.
- 4Attendre deux mois. C'est le délai que la DGAC impose avant de pouvoir la saisir : elle écarte les signalements qui n'ont pas fait l'objet d'une réclamation préalable auprès du transporteur.
- 5Signaler à la DGAC. Passé ce délai, sans réponse ou avec une réponse insatisfaisante, le litige se signale en ligne ou par courrier. Si le vol partait d'un autre pays européen, c'est l'organisme national de ce pays qui est compétent.
Et si vous ne voulez pas vous en occuper
La démarche ci-dessus ne coûte rien et aboutit souvent. Reste le cas où l'on n'a ni le temps ni l'envie de relancer une compagnie pendant des mois : c'est le créneau des sociétés spécialisées, qui font le même travail contre une part de l'indemnité.
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Notre avis : Ils montent le dossier à votre place et ne se paient que s'ils obtiennent quelque chose. Leurs frais standard annoncés sont de 35% TTC, prélevés sur l'indemnisation : sur un long-courrier, cela fait 210 € prélevés sur les 600 € dus. À mettre en balance avec une réclamation directe, qui est gratuite.
| Situation | Ce que la compagnie doit | Ce qu’elle peut refuser |
|---|---|---|
| Retard de moins de 3 h à l’arrivée | La prise en charge, dès 2, 3 ou 4 h d’attente selon la distance | L’indemnisation |
| Retard de 3 h ou plus à l’arrivée | 250, 400 ou 600 € par passager, plus la prise en charge | Rien, sauf circonstance extraordinaire prouvée |
| Annulation annoncée 14 jours ou plus avant | Le remboursement ou le réacheminement | L’indemnisation |
| Panne technique de l’appareil | Tout, indemnisation comprise | Rien : la Cour a jugé que ce n’en est pas une |
| Cendres, tempête, grève du contrôle aérien | La prise en charge, sans limite de durée | L’indemnisation |
Questions fréquentes
À partir de combien de retard un vol est-il indemnisé ?
Trois heures, mesurées à l'arrivée à la destination finale et non au départ. Le seuil ne vient pas du règlement lui-même mais d'un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne rendu en 2009, qui a aligné les passagers de vols retardés sur ceux des vols annulés. Un vol parti très en retard mais qui rattrape une partie du temps en route peut donc n'ouvrir aucun droit, tandis qu'un vol parti à l'heure et dérouté peut en ouvrir un. Le montant dépend ensuite de la distance jusqu'à cette destination finale, jamais du prix payé.
Une panne technique dispense-t-elle la compagnie de payer ?
Non, sauf cas très particulier. La Cour de justice a jugé en 2008 qu'un problème technique survenu à un avion ne constitue pas une circonstance extraordinaire, sauf s'il découle d'événements qui ne sont pas inhérents à l'exercice normal de l'activité du transporteur et échappent à sa maîtrise effective. Une pièce défaillante, une maintenance qui déborde ou une immobilisation imprévue relèvent du métier de transporteur, donc de sa charge. Le même arrêt précise que la fréquence des pannes constatée chez une compagnie ne suffit pas non plus à établir des circonstances extraordinaires.
Faut-il passer par une société spécialisée pour être indemnisé ?
Non, la réclamation directe est gratuite et ne demande qu'un courriel documenté au transporteur qui devait opérer le vol, puis un signalement à la DGAC si la compagnie ne répond pas ou refuse. Il faut avoir attendu au moins deux mois la réponse du transporteur avant de saisir la DGAC, sans quoi le signalement est écarté. Les sociétés spécialisées font le même travail et se rémunèrent par un pourcentage de l'indemnité obtenue, de l'ordre du tiers : elles font gagner du temps, pas de l'argent.
Sources
- Règlement (CE) n° 261/2004 : indemnisation et assistance des passagers aériens
- CJUE, Sturgeon, C-402/07 et C-432/07 (2009) : le seuil de trois heures à l’arrivée
- CJUE, Wallentin-Hermann, C-549/07 (2008) : la panne technique n’est pas une circonstance extraordinaire
- CJUE, McDonagh, C-12/11 (2013) : la prise en charge survit à la circonstance extraordinaire
- Ministère de la Transition écologique (DGAC) : que faire en cas de retard, d’annulation ou de refus d’embarquement
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